Avant propos

Lier l’idée de « performance » à celle du patrimoine témoigne d’une double reconnaissance : celle du savoir-faire d’exception du réalisateur, et celle de la réussite de son audacieuse entreprise.

Utilisé de façon privilégiée dans les domaines sportif et économique, le terme de « performance » ne dénote pas dans le champ d’activités qui nous intéresse.

La performance réussie implique une préparation de longue haleine, modeste, tenace, qui permet l’éclosion finale, dans laquelle le travail se laisse oublier, pour ne laisser apparaître que la magnificence du résultat : la construction d’une cathédrale et l’obtention d’une médaille d’or témoignent de la même abnégation, du même goût de l’effort, récompensés par un résultat parfois spectaculaire et toujours exemplaire, fruit d’une intelligence et d’une volonté conjugués.

La performance du professionnel des métiers d’art, du créateur comme du restaurateur du patrimoine, se doit aussi d’être quotidienne ; elle implique la maîtrise renouvelée, dominée, apprivoisée d’un savoir-faire, mais aussi l’audace d’aller vers de nouvelles technologies, qui renouvellent le métier, en soutenant l’inventivité.

En choisissant le terme de « performance », pour symboliser l’excellence des restaurateurs/créateurs, nous n’oublions pas non plus que, dans sa connotation anglo-saxonne, il signifie « spectacle »… Les professionnels d’excellence réunis ici sont les acteurs d’un spectacle permanent, et c’est leur travail qui « donne à voir » la beauté, et permet qu’elle se perpétue.

Mais c’est par le regard de tous qu’elle existe, et fait du plus petit d’entre nous un personnage nécessaire à l’édification de l’œuvre commune, celle de la reconnaissance de la valeur de notre patrimoine, et du désir de le voir vivre et évoluer.

 

 

 PAROLES D’EXPOSANTS

 

Paul de la Fonderie d’art Macheret : « Lorsque l’on parle d’une performance, c’est souvent lorsque l’on a été plus loin que notre connaissance, en innovant, en prise de risque, en inconnu aussi.

Elle est synonyme d’incroyable et de spectaculaire, les gens doivent « en prendre plein la vue », mais pour un artisan et son ouvrage c’est parfois l’addition de savoir-faire et de techniques non visibles, masquées, qui sont en soi une performance.

Exemple : sortir en fonderie un plateau de 2m² pour une table sans avoir de défauts, est une performance mais qui ne peut être comprise par les non sachant.

La performance moderne c’est aussi – et malheureusement – l’accélération de réalisation des ouvrages. Cela peut aussi être considéré comme tel, mais peut-être néfaste.

Enfin, une performance serait aussi pour ma part de réaliser un ouvrage aussi bien exécuté que ceux réalisés par les artisans au temps du roi soleil… »

 

Fabrice Papin, conservateur restaurateur de  mobilier et objets d’art : «  En restauration conservation, il y a dans le regard des gens la performance du avant, après, qui malheureusement leurs suffisent la plupart du temps. Alors que celle qui détermine la finalité, c’est la performance de conjuguer un savoir faire à une innovation et donc un non savoir-faire avec comme ligne directrice la déontologie liée à la conservation pour tendre vers le résultat.

Espérer tous, en sachant que l’on essayera de faire mieux encore. »

 

Anne Barkhausen, Peintre en techniques anciennes : « Ma performance est de toujours utiliser les matières et produits naturels et sains pour exécuter des travaux de peinture. Ma difficulté est de persuader mes collègues de ne pas se conforter dans une routine de produits industriels et chimiques. Fonctionnent-ils mieux ? Non.

Ma démarche permet de parler avec le temps anciens où la peinture de bâtiment était solide, durable et protectrice. Et les décors anciens me répondent et me récompensent…

Je transmets ce savoir à l’École Française du Décor Peint et réalise des chantiers pour le bâti ancien. »